Je me vois devant la gare de l'Est à contempler l'avenue qui file devant moi et le défilé des voitures. Paris me regarde. Je suis adossée contre un poteau, j'écoute Air et j'attends. Mon train part à 12h24. Je n'ai plus qu'à regarder cette ville droit dans les yeux et dans le coeur et attendre là, contre ce poteau. J'ai envie de rire et de pleurer en même temps, très fort aussi, de retourner dans les bras de cette ville. J'ai envie de chialer ma race et tant pis. J'ai pas la force de rentrer. Les gens sortent par les portes et s'engouffrent dans des taxis, valises en main, et je me dis que moi, je vais m'engouffrer dans un train pendant qu'ils seront dans leurs appartements ou ailleurs. Peut-être couchés dans l'herbe avec des livres et de la musique. J'ai envie de fumer. De sortir ma boîte à coeurs, d'avoir un briquet. Je pense à une corde et à des mots simples, à ce bouquin, ce putain de bouquin et tout est relié.
Et je pense à un milliard de choses, à cette folie. A Good Bye Lenin avant mon départ, à la musique. Qui me rend dingue. A mon TER vide de 5h quelque chose et au quai de Strasbourg une heure plus tard, au TGV pour Paris et tout s'enchaîne, je pense à ma voisine de train qui murmurait des chansons africaines à son bébé pour qu'il s'endorme, à ma tête détestable dans le miroir, à du piano, à toi encore à Chatelet (!), à mes contemplations de la gare en attendant. à râler après mon sac bleu mais je déteste les sacs à dos. Je pense à ma robe, à nos chaussures, nos talons et nos pieds suicidés, aux escaliers de Montmartre, au ciel de Paris, à nos thés + Tarte citron + Dessert fraise et mascarpone + nos laits chauds + nos religieuses Cerise et violette chez Ladurée près de la cheminée du 1er étage, à nos bouteilles et au champ de mars, aux espagnols près d'un bar, d'un quartier mais je ne sais plus, au café de flore, à des gueuleries philosophiques et au clochard qui voulait ma vodka mais non, au pont des Arts, à la veste marron, aux chaussures blanches, à un permis de conduire, des parfums mais seulement ça, à par terre sous un abribus, le plan de Paris en main pendant que tu dormais, et je te secoue mais tu ne te réveilles pas, et je comprends plus rien à Paris, on est perdues et je m'en fous, au Noctilien 24 qui n'allait pas dans le bon sens, à mes doigts sur mon téléphone, à mes pieds nus dans Paris, "Tu parles Norvégien!" "Oui!". Je pense à mon anglais fabuleux qui sortait de jenesaisoù, et tout est désordonné, au café des beaux-arts vide et glauque, à nous chantant Don't Look Back Into the Sun dans l'escalator du métro et puis Dakota et puis Amy Winehouse, aux deux inconnus autour de moi qui me protégeait du type défoncé que j'allais frapper, big up mon frère mais dégage. "Elle est avec moi" "Merci" "Le Noctilien N122 est là-bas" "Oh putain merci merci merci" "Il est parti par le N11, on n'a rien pu faire". Il est 5h Paris s'éveille. Non il est 6h, le bus est là, les lumières de Paris s'éteignent, et je vois la Seine et la clarté est parfaite... mais parfaite... Paris tu m'as tuée.